Poésie

Dimanche 17 décembre 2006
Malesoir,

Après une semaine relativement calme, j'ouvre une nouvelle catégorie d'articles : Les poèmes.
Ah... La poésie, c'est le lyrisme, les envoutants charmes macabres, les mots choisis avec soin pour éveiller notre côté romantique (et morbide pour le coup). La poésie, c'est encore plus.

Et on commence avec un poème de Baudelaire dont vous pouvez lire la première partie dès maintenant.
 
Danse Macabre  Partie 1/2
                                                  
Fière,autant qu'un vivant, de sa noble stature,
Avec son gros bouquet, son mouchoir et ses gants,
Elle a la nonchalence et la désinvolture
D'une coquette maigre aux airs extravagants.

Vit-on jamais au bal une taille plus mince?
Sa robe exagérée, en sa royale ampleur,
S'écroule abondamment sur un pied sec que pince
Un soulier pomponné, joli comme une fleur.

La ruche qui se joue au bord des clavicules,
Comme un ruisseau lascif qui se frotte au rocher,
Défend pudiquement des lazziridicules
Les funèbres appas qu'elle tient à cacher.

Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,
Oscille mollement sur des frêles vertèbres,
O charme d'un néant follement attifé!

Aucuns t'appelleront une caricature,
Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,
L'élégance sans nom de l'humaine armature.
Tu réponds, grand squelette à mon goût le plus cher!

Viens-tu troubler, avec ta puissante grimace,
La fête de la Vie? ou quelque vieux désir,
Eperonnant encor ta vivante carcasse,
Te pousse-t-il, crédule, au sabbat du Plaisir?

Au chant des violons, aux flammes des bougies,
Espères-tu-chasser ton cauchemar moqueur,
Et viens-tu demander au torrent des orgies
De rafraîchir l'enfer allumé dans ton coeur?

Baudelaire
 
Par VBRK
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mercredi 10 janvier 2007
Sombresoir,

Voilà, la suite et fin du poème de ce défunt Baudelaire : Danse Macabre.
Pour voir la première partie du poème, rendez-vous directement ici : Première partie.

Danse Macabre  Partie 2/2
Charles Baudelaire (1821-1867)       L'image “http://www.la-poesia.it/immagini/baudelaire-3.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
Inépuisable puits de sottise et de fautes !
De l'antique douleur éternel alambic !
A travers le treillis recourbé de tes côtes
Je vois, errant encor, l'insatiable aspic.

Pour dire vrai, je crains que ta coquetterie
Ne trouve pas un prix digne de ses efforts ;
Qui, de ces coeurs mortels, entend la raillerie ?
Les charmes de l'horreur n'enivrent que les forts !

Le gouffre de tes yeux, plein d'horribles pensées,
Exhale le vertige, et les danseurs prudents
Ne contempleront pas sans d'amères nausées
Le sourire éternel de tes trente-deux dents.

Pourtant, qui n'a serré dans ses bras un squelette,
Et qui ne s'est nourri des choses du tombeau ?
Qu'importe le parfum, l'habit ou la toilette ?
Qui fait le dégoûté montre qu'il se croit beau.

Bayadère sans nez, irrésistible gouge,
Dis donc à ces danseurs qui font les offusqués :
« Fiers mignons malgré l'art des poudres et du rouge,
Vous sentez tous la mort ! O squelettes musqués,

Antinoüs flétris, dandys à face glabre,
Cadavres vernissés, lovelaces chenus,
Le branle universel de la danse macabre
Vous entraîne en des lieux qui ne sont pas connus !

Des quais froids de la Seine aux bords brûlants du Gange,
Le troupeau mortel saute et se pâme, sans voir
Dans un trou du plafond la trompette de l'Ange,
Sinistrement béante ainsi qu'un tromblon noir.

En tout climat, sous tout soleil, la Mort t'admire
En tes contorsions, risible Humanité,
Et souvent, comme toi, se parfumant de myrrhe,
Mêle son ironie à ton insanité !

Baudelaire.
Par VBRK
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 10 février 2007
B onsoir, car, ce soir, même si le ciel et les étoiles sont voilés par de gigantesques nuages tirant vers le rouge, l'air est agréable et la pollution pas trop insistante.

Cela fait assez longtemps que l'on a plus eu de poésie, et comme le blog est sensé englober toutes choses sur le morbide & le macabre, alors on part sur un beau poème de ce cher Baudelaire.

► LES PHARES

Rubens, fleuve d’oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fraîche où l’on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s’agite sans cesse,
Comme l’air dans le ciel et la mer dans la mer ;

Léonard de Vinci, miroir profond et sombre,
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à l’ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays ;

Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,
Et d’un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s’exhale des ordures,
Et d’un rayon d’hiver traversé brusquement ;

Michel-Ange, lieu vague où l’on voit des Hercules
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ;

Colères de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand coeur gonflé d’orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats ;

Watteau, ce carnaval où bien des coeurs illustres,
Comme des papillons, errent en flamboyant,
Décors frais et légers éclairés par des lustres
Qui versent la folie à ce bal tournoyant ;

Goya, cauchemar plein de choses inconnues,
De foetus qu’on fait cuire au milieu des sabbats,
De vieilles au miroir et d’enfants toutes nues,
Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ;

Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
Passent, comme un soupir étouffé de Weber ;

Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes ;
C’est pour les coeurs mortels un divin opium !

C’est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;
C’est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !

Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité !

Baudelaire.
 
Par VBRK
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 10 mars 2007

Lumijour - Jour de lumière. Le ciel est bleu, grand, et couronné d'un soleil brillant haut et fort. Ses rayons éloignent les nuages et l'obscurité... Bref, la plaie des créatures de la nuit.

Et pour aujourd'hui, voilà un peu de poésie... macabre.

http://www.korpapress.com/images/work_images/torero.jpgIntuition macabre

Intuition macabre
Sous les chants des tziganes
Les guitares jouent ce drame
De la prison de marbre
Au centre de l'arène
Un vent de sable et de poussière
Nouvelle ferria madrilène

Intuition macabre
La corrida déchaîne la fièvre
Et la passion des cœurs
La sangria brûle les lèvres
Dans la chaleur soûle des odeurs
Torero sombre et fier
Fixe des yeux son peuple en liesse

Intuition macabre
Torero de lumière
Idole et dieu inscrit la presse
Intuition macabre
La bête s'élance ivre de rage
La cape s'élève trop haut, trop vite
Les cornes projettent avec courage
Le corps en arme, une rumeur triste
Sourd est l'espace, instant d'angoisse
La bête s'acharne, piétine sur place

Intuition macabre
L'instinct sauvage reprend ses droits
Entre les chairs l'hémorragie ondoie
Le sang si rouge, taureau si noir
Il fait si froid dans ce couloir
La vie s'échappe vers la lagune
La nuit s'installe avec la lune

Intuition macabre
Torero n'est qu'un homme, torero quitte son trône
La mise à mort l'a dépassé
Ses habits déchirés sont maculés
La foule d'un bond se lève

Observe la scène comme dans un rêve
Cauchemar mirage, des hommes l’entraînent
Les cris jaillissent dans les tribunes
Les bras le hissent hors de l'arène
Les cœurs se crispent sous les peaux brunes

Intuition macabre
Sous les chants des tziganes
Les guitares jouent ce drame
De la prison de marbre
Le flamenco s'enflamme
Les gitanes versent des larmes
Par leur danse elles vénèrent
Torero dans la lumière

Emmanuel BODDAERT
 
Par VBRK
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 3 avril 2007

Bruméjour - Jour de brume, de brouillard. Un ciel opaque mais brillant.

Poésie macabre pour l'heure de la part de ce cher Baudelaire : Le Revenant.

Ève, le Serpent et la Mort par Hans BaldungLe Revenant

Comme les anges à l'œil fauve,
Je reviendrai dans ton alcôve
Et vers toi glisserai sans bruit
Avec les ombres de la nuit,

Et je te donnerai, ma brune,
Des baisers froids comme la lune
Et des caresses de serpent
Autour d'une fosse rampant.

Quand viendra le matin livide,
Tu trouveras ma place vide,
Où jusqu'au soir il fera froid.

Comme d'autres par la tendresse,
Sur ta vie et sur ta jeunesse,
Moi, je veux régner par l'effroi.


Baudelaire.

Source : http://www.poetes.com/
 
Par VBRK
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Catégories













Favoris


 

Liens

Helioss Art
Un blog qui tourne autour de l'univers de Helioss : Mythologie, dessins, graphisme, musique, fantasy...



Ma mini-bannière :


Pour pouvoir l'insérer dans votre blog/site, faites-en moi la demande, on pourra aviser pour un échange de liens de site, et pourquoi pas, peut-être plus..
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus